15.11.2007
Retraites et privilèges indus: supprimons la boite de chocolat de Noel pour les vieux pauvres
Finir sa vie en comptant le moindre sou ?On parle beaucoup des retraites, et si peu des retraités ces jours derniers.
Comme si ce qui se décide aujourd’hui, ce qui se décidera en 2008, n’avait rien à voir avec ces personnes âgées qu’on croise dans les supermarchés, dont on regarde avec un certain malaise les paniers mal remplis, si peu de viande, quelques yaourts bon marché. Devant ces femmes et ces hommes qui à 70 ans doivent encore se contenter de la marque Eco, qui n’a pas ressenti une certaine honte, un sentiment de gâchis ?
Etrange paradoxe d’une société vieillissante, qui d’un côté fait mine de sacraliser les personnes âgées, les flatte dans le sens du poil : ma grand-mère qui va payer plein pot la franchise de Roselyne Bachelot , qui ose à peine demander quinze séances de kiné supplémentaires à son médecin traitant de peur passer pour une profiteuse, malgré une arthrose galopante se souvient avec colère du coup de fil de l’UMP pendant la campagne pour lui passer un message pré-enregistré de Roselyne Bachelot .
De l’autre, une charge en règle contre ceux qui défendent le droit à une retraite convenable, et la fameuse opinion publique qui trouve justifiée , non seulement les réformes en cours pour les cheminots mais aussi celles qui vont venir en janvier et qui vont encore repousser l’âge du départ , et baisser le revenu des retraités.
Quelle vie pour les vieux travailleurs ?
Celle de Martine, 66 ans, arrivée à Paris à l’âge de trente ans , trente cinq ans de ménages dans les hôtels des Champs Elysées. Martine a du travailler jusqu’à l’année dernière, pour avoir le minimum. Du coup elle a le dos bousillé. Elle vit dans un studio ou les murs dégoulinent d’humidité et aggravent son état de santé mais n’a pas les moyens de chercher ailleurs. Dans le 19ème son quartier de toujours, les loyers sont trop chers et comme tant d’autres elle attend un HLM ?
Celle de Rosa, soixante trois ans, abonnée aux boulots dans le nettoyage à temps partiel, qui perd son temps « libre « à l’ASSEDIC Rue du Maroc pour essayer de faire valoir son droit à un complément ASSEDIC ?
Celle de Jacques, 60 ans, qui a bossé comme ouvrier agricole dès quinze ans, passé des années à travailler dans les abattoirs et se retrouve dans un foyer du 115 ?
Et tous ceux là ont « bénéficié « de l’ancien régime celui des 37,5 annuités, celui dont on nous répète que son maintien est impossible.Mais personne ne semble vouloir , par contre, dire clairement ce que signifie son abandon pour ceux qui vont suivre. Tout simplement bosser jusqu’à épuisement des forces et puis ensuite se retrouver avec rien, ou presque rien pour survivre encore quelques années.
Dans quelques jours , un rituel parisien immuable va se dérouler dans les services sociaux : nos grand mères et nos grands pères parisiens vont être des milliers à faire la queue des heures entières, dans des salles tristes et peu confortables pour obtenir quoi, une grande boite de chocolats . Pour beaucoup d’entre eux, ce sera la seule qu’ils auront pour les fêtes et même après. A quiconque doute que cette affluence soit significatif de la précarité des personnes âgées, je conseille d’aller visiter le rez de chaussée du centre d’action sociale Jules Joffrin, dans le 18ème arrondissement : tous les jours, c’est bondé , hommes et femmes de plus de soixante ans qui viennent essayer d’obtenir les maigres prébendes que daigne leur accorder l’Etat et la Ville , notamment les cartes de réduction dans les transports.
Alors, « usagers « toujours prompts à cracher sur les grévistes qui se battent pour que la retraite ne soit pas juste l’antichambre étriquée de la mort, jeunes abrutis qui travaillent soi-disant beaucoup mais trouvent le temps de mettre leurs tracts débiles sur les Velib, avant de traiter les cheminots d’égoistes, vous vous êtes regardés ?
Vous dites les réformes nécessaires ? La nécessité ce serait donc forcément deux sortes de personnes âgées ? Celles qui arrêteront de bosser quand elles l’auront choisi grâce au recours à des caisses de retraite privée, qui auront devant elles d’agréables années, et ce d’autant plus qu’un boulot moins pénible et mieux payé leur aura évité de nombreux problèmes de santé, et qui se paieront un établissement privé ( au minimum 2500 euros par mois ), le jour ou elles ne seront dépendantes. Et puis les autres, qui partiront le plus tard possible, si le patron ne les a pas mis à la porte avant, et qui n’auront que quelques années passées à compter et recompter fiévreusement le montant de leur caddie avant de passer à la caisse du ED avant de mourir en sachant qu’il n’y aura pas beaucoup de fleurs et encore moins de couronnes ( et oui, c’est cher les couronnes ).
Allez un peu de courage, assumez, allez cracher votre haine dans les maisons de retraite publiques, ou les « privilégiés « qui sont partis à 37,5 annuités dilapident l’argent public et vident les caisses de la Secu au lieu d’avoir la décence de mourir vite pour ne pas grever le porte monnaie des contribuables respectables.
Ou peut-être profitez de cette longue attente sur un quai de gare pour penser au jour pas si lointain ou vous serez vous aussi un vieux Parisien de 80 ans , mais un tout jeune retraité grâce à l’allongement de la durée de cotisation, ce jour ou vous vous retrouverez à faire la queue pour avoir droit à la seule boite de chocolats de l’année, et ou vous vous rendrez compte, un peu tard, que vous avez été un sacré con toute votre vie.

22:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, retraites, bachelot, privilégiés, pouvoir d'achat, seniors
10.11.2007
Des étiquettes sur les cendres.
Trois mal logés sont morts jeudi dans un immeuble du passage Brady. Dans deux appartements de chacun vingt mètres carrés, vivaient douze personnes.
Mme Boutin, Mr Hirsch, Mr Delanoe se sont déplacés très tôt, et tous les journalistes aussi. Madame la Ministre avait eu une révélation divine la veille, avant l'incendie, elle avait pensé très fort que le moment était venu de faire quelque chose contre les marchands de sommeil.
Les envoyés spéciaux sur place , quelques heures après, savent déjà tout ce qu'il faut savoir: les morts sont Indiens, ce ne sont pas des "squatters sans papiers ", nous apprend le monsieur de BFM TV. Au moins, ils sont morts en toute légalité et à jour de loyer.
Et puis tombe la nouvelle, l'essentielle: l'immeuble était certes vétuste, mais ne faisait pas partie des immeubles insalubres décrétés tels par la Ville de Paris. Les fameuses mille adresses. Remballez les caméras, les hommes politiques, on nous signale que des centaines de chats disparaissent à la frontière suisse.
Dans l'arrondissement d'à côté, rue Godefroy Cavaignac, des dizaines de personnes dorment depuis des semaines devant leur immeuble.Celui là était bien classé insalubre mais l'incendie qui l'a ravagé n'a pas fait de morts.Christine Boutin n'a pas eu d'illumination divine. Côté médias, les incendies à Paris, c'est comme les accidents au monoxyde de carbone dans le Nord, y'en a tout le temps, les Français se lassent.
Et puis, faudrait voir à rester neutre, à pas tout politiser, non plus: d'un côté des Indiens vivent à douze dans deux pièces, de l'autre un squat ou les poussettes prennent feu tôt le matin , quel rapport ? A tout mélanger n'importe comment, les propos de Christine Boutin sur ces familles qui campent alors qu'elles pourraient attendre tranquillement dans leur hôtel pourri ou à dix dans un studio inflammable, pourraient résonner différemment après ces deux incendies.
A la télé comme dans les hémicycles, du Conseil de Paris ou de l'Assemblée, il faut nécessairement que les problèmes soient accompagnées d'"avancées ".Alors on segmente, on classe, on saucissonne.
Mille immeubles insalubres, pas un de plus. Critères, tant d'humidité, tant de plomb, une alarme incendie pour être ou pas sur la liste. Sinon, vétusté, indécence, tout ce que tu veux mais pas de scandale à l'horizon.
Si tu dors dehors et que tu peux le prouver, Madame la Ministre et ses chiens de garde te laisseront planter ta tente sur un bout de trottoir ( tu feras bien d'en prendre une rouge et ronde et pas une canadienne marron si tu veux passer à la télé ). Si t'es hébergé chez ta vieille mère à deux heures de ton boulot, reste dans ta merde, tu fais partie des "meutes" sur qui Mme Boutin lâche les pitt bulls casqués quand ils s'avisent de sortir de leur niche.
De temps en temps, au hasard d'un rapport, une dépêche AFP rappelle quand même le nombre de mal logés.Des millions et encore des millions, des Indiens et des bien de chez nous, des qui campent à trois cent, des qui dorment tout seuls dans une cave.Le nombre augmente tout le temps, ramenant à leur juste réalité les avancées dont journalistes et hommes politiques font leurs choux gras.
Certes, Untel qui vivait dans un hôtel meublé dégueulasse est maintenant hébergé dans le HLM de sa tante. Son voisin n'est plus parisien mais au fin fond du Val de Marne, dans un CHRS.Certes on a relogé tant de familles dans tel arrondissement, mais deux fois plus ont été expulsées à cause de la vente de leur appart.
Et tous ces millions d'hommes, de femmes de gosses, si disparates mais tous avec une seule obsession: trouver LE critère qui motivera un relogement urgent, LE papier qui débloquera le dossier: celui qui prouve qu'on est bien à la rue, que les enfants sont très malades, qu'on va se faire expulser la semaine prochaine.
Ca n'a rien à voir, bien sûr, il ne faut pas tout mélanger, mais le secteur de la construction ne s'est jamais aussi bien porté en Ile de France. Jamais autant de bâtiments neufs, pavillons, apparts, lofts, bureaux. En verre, en bois, en pierre de taille, écologiques et magnifiques.Chers, très chers.
Rien à voir vraiment ? Tant que ceux qui décident continueront à regarder ailleurs, en tout cas.
21:00 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Boutin, passage Brady, Hirsch, hôtels, insalubrité, tentes, immobilier
08.11.2007
Complainte hivernale de l'Estomac malmené
Petite interruption dans mes chroniques du Paris précaire : attendez-vous à ce que ça se répète souvent en fin de mois, cette période de trou noir, ou mon unique préoccupation est de faire durer les quelques euros qui me restent, et ou mes rêves d’un Paris solidaire se concentrent en une seule lubie : trouver un billet perdu par un riche voisin sur le coin d’un trottoir verglacé.
Le regard collé à terre , ces jours là, on les passe avec le sentiment que nos réflexions, nos idées sur le Paris du Futur, tout le monde s’en fiche éperdument.
C’est aussi novembre qui vient, et avec lui, la désagréable certitude qu’encore cette année, ni mes amis, ni moi n’auront d’autre choix que de recourir à l’aide alimentaire pour remplir nos estomacs.
Sans surprise, les repas du Ramadan à la Chorba pour tous ont eu le succès attendu, et le chapiteau installé près d’une station service désaffectée non loin de Riquet n’a pas désempli.
Déjà, au crépuscule, en face du Casino de l’avenue de Flandre, ou les normaux font la queue, la file d’attente des éclopés et des honteux prend de l’ampleur sur le trottoir d’en face, ou l’on distribue soupe et bouts de pain.
Une affiche des Verts Paris interroge : "des milliers de repas bio servis dans les cantines parisiennes, on arrête ou on continue ?"
Continuons, amplifions, crie mon estomac : même pas du bio , juste du frais, des légumes, des fruits , un peu de viande bien saignante, des yaourts à boire, pour tout le monde, tous les jours, ça doit bien être possible, dans cette ville ou les employés des supermarchés sont contraints par leur direction à javelliser des poubelles pleines.
Sauf qu’en réalité, rien n’a commencé pour tous ceux qui sont obligés de recourir à l’aide alimentaire et n’osent pas s’en plaindre.
Tiens, on peut être pauvre et généreux : j’invite publiquement Denis Baupin et Mylène Stambouli, notre adjointe à l’Exclusion à partager un repas hivernal, amoureusement concocté avec les colis alimentaires spécial pauvres.
Pas d’apéro, désolée, mais à nous autres pauvres, l’on apprend la tempérance, l’aide alimentaire c’est aussi de l’éducation civique. Cela dit, on se descendra une brique de jus de fruits à base de concentré . Pomme, ananas ou orange, peu importe, le fruit est si peu présent tellement dilué que le résultat est le même , une eau sucrée avec un un arrière goût de sirop au parfum indistinct.
On enchainera sur une copieuse salade au thon, facile à préparer, il suffit de vider les boites : vous serez polis, Denis et Mylène, vous ne me demanderez pas si les grains de maïs ont cette substance farineuse parce qu’ils sont transgéniques ou simplement trop ou pas assez murs.Comme je prends soin de mes invités, vous n’aurez pas perdu l’appétit à racler sur le bloc de thon, cette couche gélatineuse, marron et blanchâtre qui s’y trouve immanquablement.
Comme plat, on aura conserves de légumes, macédoine ou petits poids pas très fins, et surement pas bios, mais ce sera la partie la plus saine du repas. La viande ? Oui, il y en a, surgelée et panée, des galettes rondes et insipides, et on jouera à devine si c’est du porc, du poulet ou du poisson. Vous perdrez à tous les coups et vous n’aurez même pas envie de dessert.
Enfin, vous essaierez de vous consoler avec un café « Los Rios « , le fournisseur exclusif de l’aide alimentaire . on s’habitue au goût étrange, et aussi aux douleurs d’estomacs chroniques.
Mais peu importe, une semaine de repas comme ça et ça va booster vos affiches. On y lira "Augmentation du RMI, on ne peut bas bouffer de la merde toute sa vie " " Du pain, pas des jeux ", avec le logo Paris Plage barré d’une croix rouge ou " A quoi ça sert de travailler, si on ne peut même pas bien manger ? ".
Et je ne vous le souhaite, pas , Denis et Mylène, mais si vous en veniez à supporter ce régime pendant un mois, vous ne diriez plus jamais que quelques cantines bio, c'est déjà ça, vous ne diriez plus jamais "Un peu de patience, chers précaires".
Le temps passé à mal manger devant des vitrines débordantes de victuailles est un temps qui passe lentement et ne se rattrape pas. Plus prosaïquement, les ulcères à l'estomac ne guérissent jamais.
12:45 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Verts, paris, aide alimentaire, denis baupin, mylène stambouli, exclusion










